Voyage en Antarctique

Tout ce bleu et ce blanc. Ces nuances. Ce continent extrême, ce désert d’hiver. Cette terre du bout du monde, faite de neige, de glace et de mille dangers, qui scintille entre l’océan et le ciel. Ce qui m’a attiré dans cette destination? Le fait que PERSONNE n’y va ni n’en parle. Le fait qu’elle est mystérieuse et inconnue. Le fait qu’on peut y apercevoir des colonies d’animaux qui n’ont jamais vu l’homme. Le fait que le silence, là-bas, est quasi religieux. Le fait que l’expérience est indescriptible, puisqu’on s’y sent seuls au monde. Et peut-être aussi parce qu’elle représente un risque pour qui s’y aventure, car loin de tout et de tous. Surtout, ne pas tomber malade. Je le suis déjà. Tombée malade de l’Antarctique.

Vue non garantie

Aller en Antarctique n’est pas simple : avions interdits! On ne peut y accéder que par bateau, et encore! pas n’importe quel bateau. Ils doivent répondre à des normes précises et rigoureuses relatives à la protection de l’environnement, entre autres naviguer avec un carburant plus écologique, plus coûteux aussi. Le Traité de l’Antarctique a été signé en 1959 par 12 pays et mis en vigueur en 1961. Aujourd’hui, 53 pays y ont adhéré et même si plusieurs revendiquent son territoire, l’Antarctique n’appartient à aucun d’entre eux. Les navires de moins de 500 personnes peuvent s’amarrer au continent, mais les autres (comme nous) se contentent de regarder, quand la nature le veut. En effet, elle ne veut pas souvent dans ce coin reculé du monde.

Au moment de notre passage, en janvier 2019, la chance était de notre côté, il faisait très beau. Une passagère argentine à qui j’ai parlé en était à son troisième voyage en Antarctique : les deux premières fois, c’était tellement brumeux qu’elle n’y voyait rien! Selon le capitaine, neuf fois sur dix, les environs sont toujours couverts de brouillard. Adieu les belles photos! De plus, les risques de toucher un iceberg sont décuplés, puisque le personnel navigant (deux spécialistes des icebergs) ne peut les distinguer de loin.

Risques omniprésents

Environ 40 000 personnes par an s’aventurent en Antarctique, ce qui est très peu par rapport à la population voyageuse mondiale. Le port de départ des bateaux d’expédition est à Ushuaïa, la ville la plus australe au monde, surnommée la Terre de feu, qui fait partie de l’Argentine. Notre navire, lui, y a fait escale (un billet paraîtra sous peu sur cette destination). On doit ensuite passer par le cap Horn, cette dernière terre qui ouvre la voie au Sud à la rencontre de l’océan Pacifique et de l’océan Atlantique. C’est au sud de ce cap que se trouvent les plus grands courants marins de la Terre, ce n’est pas pour rien qu’on surnomme le passage de Drake, au sud du cap Horn, le « cimetière marin ». Des centaines d’épaves reposent au fond d’une eau pouvant atteindre 4 800 mètres de profondeur; des trésors, aussi. Avant la construction du canal de Panama, les bateaux devaient passer par le passage de Drake pour contourner l’Amérique, et cet endroit est régulièrement balayé par des courants très agités. Gens qui ont le mal de mer facile s’abstenir. Lors de notre passage, malgré le temps idéal, le navire tanguait d’au moins 15 pieds de bâbord à tribord, et cet enfer a duré une journée. Je n’étais pas très brave, mais j’ai passé avec succès cette épreuve de houle extrême. Misère! Il faut dire que je tenais mon ventre plein et que je portais mes deux bracelets magnétiques antinausée…

Mon conjoint et moi, à l’avant à droite, prenant la pause avec le personnel d’animation sur le pont du navire. Soleil, sourires, paysages fabuleux sous un beau 4 degrés Celsius.

Celebrity, la compagnie de croisière qui nous a transportés en toute sécurité jusqu’en Antarctique (et pour pas cher!), ne fait que deux voyages de 14 jours par an, en été (donc en janvier-février). Le Celebrity Eclipse en était à son premier voyage en Antarctique, et il a été déclaré comme étant le navire le plus gros à avoir jamais navigué dans ces eaux glaciales. Le voyage vers cette destination est donc possible un mois par année, le froid et la glace reprenant leurs droits durant les 11 autres mois.

Animaux marins

Au moment de notre arrivée en Antarctique, où les eaux se sont calmées, on pouvait apercevoir des baleines autour du navire, des orques surtout. Impressionnant! D’autant plus que ces mammifères sont ceux que l’humain doit se méfier le plus. En effet, les épaulards se situent tout au haut de la pyramide alimentaire, n’étant la proie d’aucune autre espèce animale. Ils se nourrissent de tout : poissons, phoques, dauphins… et même de baleines. Surtout, ne pas tomber à l’eau… même si le froid risque de nous tuer bien avant eux!

Ici et là, des manchots prenaient du soleil sur des icebergs, plongeaient dans l’eau glaciale ou se projetaient hors de l’eau. Spectacle inouï dans leur habitat naturel. (Pour en savoir plus sur les manchots, phoques ou otaries, ne manquez pas mon prochain article… on les verra de très très près!)

Un groupe d’orques (épaulards) se déplaçant près de notre navire.

Arrivés dans les eaux calmes d’un bleu étincelant à Paradise Bay (baie du paradis – qui porte bien son nom d’ailleurs), nous avons été informés qu’un iceberg visible de 22 par 11 km se déplaçait près de nous. Le navire a juste eu le temps de passer devant. Deux semaines plus tard et il aurait été impossible de naviguer jusqu’à l’île de l’Éléphant, en passant par le détroit de Gerlache.

L’île de l’Éléphant

J’ai des frissons, mais pas à cause du froid, rien qu’à penser aux paysages grandioses qu’il m’a été possible de contempler. Se rendre compte d’autant de beauté, une fois dans notre vie, est une chance tombée du ciel. Et je l’en remercie et vous en souhaite tout autant; j’espère seulement que les descendances à venir sauront préserver ces trésors naturels auxquels on n’ose même pas rêver.

Une passagère qui n’a pas eu peur de se découvrir.
Vue de notre balcon. On peut imaginer que pour passer à côté de ce bloc de glace, les instruments du navire avaient détecté que la base de celui-ci ne s’approchait pas trop de la coque sous l’eau.
On peut distinguer la trace des manchots qui ont glissé sur la bute de neige, à gauche de l’iceberg.
Trouvez l’erreur… le petit bateau rouge d’expédition.
Certains blocs de glace prennent des formes plutôt originales, comme celui-ci, où l’on dirait des têtes d’animaux préhistoriques.
… ou celui-ci, qui ressemble à un ours polaire prenant du soleil sur le dos. À noter au centre, un pingouin!

Adieu, Antarctique!

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