Arrangé avec le gars des rues

enveloppe_bruneIl a fallu que je décante un peu, que je respire par le nez et que j’aille m’entraîner chez Énergie Cardio. Jamais de ma vie je n’ai eu autant le goût d’étriper quelqu’un par téléphone.

La commission Charbonneau nous montre le côté sombre des enveloppes brunes remises par les délinquants des entreprises de construction aux partis politiques ou aux dirigeants des villes. Moi, je vais vous montrer le côté sombre des enveloppes brunes que j’ai  remises à une gentille compagnie de transport public pour répondre à son appel d’offres en rédaction. (Je ne nommerai pas le nom de l’entreprise. Ne sait-on jamais, je pourrais être poursuivie pour diffamation!)

Toujours est-il que j’ai répondu à cet appel d’offres. J’ai donc été invitée à y participer après avoir été référée par une amie. C’est leur façon de procéder pour éliminer le plus possible les candidatures de gens qu’ils ne connaissent pas. L’appel d’offres qu’ils m’ont fait parvenir n’avait que 132 pages… Imaginez la longueur, pour un contrat évalué à environ 18 000 $ par année! La procédure à suivre n’en finissait plus de finir. Après la lecture, commence la rédaction. Il fallait répondre à une série de questions, fournir des textes de tous les types, décrire nos compétences et notre expérience, pour ainsi dire nous VENDRE. Mon document final contenait 30 pages. Ce n’est pas tout! On octroyait des notes sur la production de graphiques et de visuels (pour un contrat de rédaction?), sur la mise en page, l’organisation du travail et la méthodologie, la qualité des textes soumis, et bien plus. Je me suis découragée plus d’une fois à remplir cet appel d’offres. Pour terminer le tout, je devais faire 6 copies de mon volumineux document pour tout le comité d’évaluation, les insérer dans de belles enveloppes brunes, en plus de fournir le tout sur une version CD. Ouf! Ça m’a coûté environ 100 $ à part mon temps. Pourtant, je me suis acharnée parce que je croyais que cette façon de faire en découragerait justement plusieurs et que j’avais donc une chance de me démarquer des autres. MONUMENTALE ERREUR!

appel_offreLaissez-moi le plaisir de plaider en ma faveur et de faire le procès de cette entreprise, qui se dit intègre dans sa procédure d’octroi des appels d’offres.

Facteurs aggravants

Voici donc les raisons pour lesquelles je crois que cet appel d’offres était « arrangé avec le gars des rues », c’est-à-dire qu’ils avaient déjà quelqu’un dans leur mire et qu’il leur fallait éliminer les autres candidats :

1) J’ai eu une note tellement médiocre que je ne me reconnaissais pas. À l’université, je n’ai jamais eu une note aussi basse, je me tiens toujours dans le peloton de tête. Or, j’ai obtenu une note de 62 %. MISÈRE!

2) Lorsque j’ai demandé des explications par courriel sur ma note, j’ai reçu pour réponse, deux jours plus tard, un appel téléphonique du chef de l’approvisionnement et des services juridiques (où est le lien entre les achats et le droit?). Il avait invité sa responsable des communications pour qu’elle puisse intervenir sur notre discussion (n’avais-je pas droit à un témoin moi aussi?). Sur la défensive, mon interlocuteur a d’abord essayé de me convaincre que la procédure qu’ils ont suivie est tout à fait conforme, que le tout a été suivi de façon rigoureuse, que le comité a d’abord évalué toutes les candidatures individuellement, et qu’ensuite ils se sont rencontrés pour discuter des soumissions. Bla bla bla… ah ah ah!

3) Dans la proposition d’appel d’offres, on n’y fait état d’aucune explication sur la pondération pour l’octroi des notes par les évaluateurs du comité. Je me suis fait expliquer qu’on peut, soit avoir 100 %, 60 %, 40 % ou 0 %. On m’a rassuré en me disant au téléphone qu’un 62 %, c’est une très bonne note. Pourtant, la note de passage est 70 %, donc ma candidature a été rejetée sur-le-champ. Quand j’ai dit à mon interlocuteur combien sa pondération n’avait pas de sens, passant de 100 % à 60 %, il m’a dit, d’un ton condescendant : « Madame, vous n’êtes pas à l’université, ici! » AH OUI? Il faudrait peut-être que vous lui rendiez une petite visite, un de ces jours, ça manque à votre culture et ça vous aiderait sûrement à savoir compter!

4) Ensuite, il a voulu reprendre point par point mon évaluation pour expliquer mes défaillances. Au facteur « Expérience », il m’a reproché avoir déjà été adjointe administrative… INSULTE SUPRÊME! L’appel d’offres ne mentionne nulle part qu’on devait avoir XX années d’expérience seulement en rédaction! Aucun minimum d’années d’expérience n’y était d’ailleurs spécifié.

5) Lorsqu’il en est venu à la qualité de mes textes, il m’a dit et je cite : « Vos textes étaient bourrés de fautes! » PARDON? Et celui-ci d’ajouter : « Tous les membres du comité ont relevé toutes les mêmes erreurs dans vos textes. » DOUBLE PARDON? Je lui réponds : « Monsieur, pouvez-vous me dire qui sont ceux et celles qui ont fait partie du comité? Est-ce que ce sont tous des réviseurs chevronnés? » Pour seule réponse, il m’a assuré que la directrice des ressources humaines, elle, connaissait bien son français. Elle fait passer des tests à tous les nouveaux employés. AH! HEUREUSEMENT! Et toi, mon bonhomme, connais-tu les nouvelles règles de typographie et l’orthographe rectifiée? Quand je lui ai demandé de me faire parvenir une copie des erreurs que tout le monde avait relevées, afin que je puisse m’améliorer (personne n’est parfait, surtout pas moi!), il n’a jamais accepté. Il a trouvé la bonne excuse du : « Si tout le monde nous le demandait, on n’en finirait plus! » Alors, je ne suis pas la seule à le demander? BIZARRE, NON?

6) Quand j’ai demandé : « Expliquez-moi quel type de graphique vous auriez aimé voir apparaître dans ma soumission. La croissance de mes ventes? », il a voulu se désister en demandant à sa collègue de répondre à la question, et celle-ci de répondre : « Vous savez, quand on écrit pour le Web… bla bla bla, il y a du visuel, des photos, bla bla bla… » Cinq minutes à tourner en rond sans jamais répondre à ma question directement. AH BON!

presentation_orale7) Je ne vous l’ai pas dit encore, mais une présentation orale de 30 minutes était requise à leurs bureaux, le comité d’entrevue étant constitué de 4 personnes (2 des achats, 1 des RH et 1 des Communications). Je devais reprendre les mêmes détails soumis par écrit et je devais leur expliquer oralement. Je m’étais très bien préparée, j’avais écrit mes textes sur des petits cartons de rappel que j’avais apportés lors de l’entrevue. J’ai eu 6 sur 10 comme note à l’entrevue. Il m’a dit que le seul point négatif à ma présentation est quand je leur ai supposément dit que je n’étais pas capable d’effectuer plus d’une tâche à la fois. QUOI? Alors là, c’est bien le « boute du boute »! Qui aurait déformé mes paroles à ce point? Preuve à l’appui – mes cartons -, j’ai dit, lors de l’entrevue, que : « … j’essaie le plus possible d’effectuer une tâche à la fois. Même si tout le monde aime croire qu’on peut faire plusieurs choses en même temps, c’est faux. On est plus efficace quand on gère un seul projet à la fois. Notre concentration n’est pas perdue inutilement. » Voilà ce que j’ai dit. Et je n’ai pas inventé ce constat, il a été statistiquement prouvé, selon le formateur qui m’a donné un cours en gestion du temps il y a moins de deux ans.

8) Pour finir notre conversation téléphonique, je lui mentionnais que c’était dommage, tout ce temps et cet argent dépensé pour moi et les autres candidats à répondre à cet appel d’offres, sachant aussi tout le temps qu’ils ont passé à rencontrer les candidats, les évaluer, étudier leur dossier, etc. Ça coûte très cher aux contribuables québécois. Il m’a approuvé sur ce point, cependant il m’a assuré que la loi voulait que pour un contrat de cette envergure (évalué à 18 000 $ par année), ils soient obligés de passer par la procédure d’appels d’offres. MENTERIE PURE ET SIMPLE! Si l’honnête monsieur avait pris la peine de lire son site Web, il y aurait lu ceci : « Pour accéder à la liste des contrats de la Société XXX conclus et comportant une dépense d’au moins 25 000 $ conformément à l’article 92.2 de la Loi sur les sociétés de transport en commun… »

9) Avais-je oublié de vous dire que sur leur site Web, la page où il est obligatoire d’afficher le nom des adjudicataires de contrats par appels d’offres n’affiche rien sauf : « À venir »? De plus, je n’ai jamais été mis au courant du nom de l’adjudicataire dudit contrat d’aucune manière que ce soit.

Facteur atténuant

1) Ils ont pris le temps de me téléphoner. (De quoi ont-ils peur, au juste, pour avoir monopolisé, durant une heure, deux personnes cadres de la société?)

En conclusion : ma plaidoirie

Maintenant que j’ai fini d’énumérer les facteurs aggravants et atténuants en rapport à la situation que j’ai vécue avec la Société XXX, je vous laisse juger de la suite. Loin de moi l’idée de me servir de cette expérience pour intenter un vrai procès ou accuser toutes les compagnies de transport du Québec de pratiquer le favoritisme. Seulement, il y a lieu de se questionner : où va vraiment l’argent destiné au système de transport public? Ce sont nos taxes qui payent tout ça. Outre le domaine de la construction, il y aurait lieu d’investiguer également du côté du transport. Ma situation, si peu importante soit-elle, ne vous paraît-elle pas louche, et les résultats « arrangés avec le gars des rues », Madame Marois? Un journaliste perspicace pourrait-il enquêter sur ce genre d’histoire?

4 réflexions sur “Arrangé avec le gars des rues

  1. Bonjour Lyne,
    En lisant le compte-rendu de votre aventure, je me dis que la commission Charbonneau pourrait ne jamais se terminer si on analysait ce qui se passe dans toutes les organisations d’une certaine envergure, n’est-ce pas ?
    À moindre échelle, j’ai vécu une situation similaire qui a durement entamé ma confiance en moi. Tout comme vous, j’ai eu des résultats douteux à divers tests de français (20 fautes) pour un emploi de réviseure linguistique chez un employeur important. Lorsque j’ai exprimé mon profond étonnement et demandé où se trouvait ces erreurs, la réponse a été vague. Il fallait, en effet, avoir 80 % pour avoir une entrevue avec la v-p. Quand j’ai mentionné aux ressources humaines que je rencontrais tout de même le ratio de 80 % , on m’a répondu qu’il y avait plus d’un critère de correction à considérer. Que pouvais-je faire ?
    À combien d’offres d’emploi des milliers de gens postulent-ils inutilement et perdent-ils courage lorsque seul le silence leur répond ou que leurs résultats sont tronqués ? Des gens compétents et qualifiés.
    Mais il ne faut pas perdre courage, il y a encore de vraies opportunités et des gens qui recherchent vraiment les meilleurs candidats.
    Félicitations pour vos chroniques, elles sont très intéressantes, je les ai toutes lues avec grand intérêt.
    Diane Plouffe

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    1. Bonjour Diane,
      Tout d’abord, merci de votre commentaire. Ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à avoir eu des doutes sur mes capacités après avoir vécu une mauvaise expérience d’un appel d’offre. Avec le recul, on s’aperçoit que nous ne sommes pas dans l’erreur. Il y a des gens douteux qui disent ou font des choses douteuses. J’espère juste qu’un jour ils se réveilleront de leur supposé « grand confort ». Finalement, ce ne sont pas des personnes avec qui j’aimerais m’associer… il n’arrive jamais rien pour rien dans la vie!
      Merci aussi de votre encouragement. Vous pourrez suivre mes chroniques régulièrement sur mon blogue. Je vous invite à vous abonner. À bientôt!

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  2. Bonjour, je crois que vous devriez consulter un avocat ayant de bonnes connaissances en relations de travail entre autres. Voir si vous pourriez nous nommer l’organisme ou la compagnie. Vous ne devez pas être les seules à vivre une telle injustice. Tous les citoyens ont droit à l’accès à l’information. Exigez une réponse écrite de toutes les entreprises fautives surtout si elles sont gouvernementales. ou para-gouvernementales. car elles ont des règles très claires concernant l’embauche. L’abus de pouvoir est inadmissible ! Voir avec la Commission des droits de la personne compte tenu qu’il semble y avoir eu favoritisme et ce, préalablement aux soumissions des autres candidat(e)s dont vous.
    Les comités de lecture: bien souvent des scribouilleurs et presque toujours anonymes !
    Ce n’est pas parce qu’une personne est en ressources humaine qu’elle est experte en français!!! Il n’y a pas de cours de français dans cette option à moins d’en avoir suivi au moins un dans une autre option et cela ne garantit aucunement l’expertise. La langue française est complexe.
    Quant à la Commission Charbonneau, mon opinion est qu’elle devrait enquêter aussi sur les GOUVERNEMENTS, les compagnies d’assurances et même la magistrature concernant les compagnies de construction et affaires connexes (transport, excavation, caméra dans les tuyaux, portes et fenêtres, chauffage et climatisation, etc.). Le travail au noir… Le consommateur n’est jamais certain si, dans le montant qu’il débourse, les taxes vont réellement être envoyées aux instances gouvernementales. Les factures et/ou feuilles de travail ne sont souvent que des gribouillages manuscrites. Le seul intérêt chez beaucoup d’entrepreneurs, bien souvent, est de décrocher le contrat… alors toutes les tromperies sont permises et le consommateurs est pris dans l’engrenage que ce soit une ville, une province ou un particulier !
    Autre sujet: Ce ne serait pas mauvais qu’on pense à faire une étude sur la facturation des épiceries et surtout des restaurants (notamment pour les livraisons). Mais, c’est autre chose et revenons à vous. Bonne chance mesdames et bon courage !

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    1. Bonjour Hélène,
      Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à mon article. Je constate que les injustices sont aussi dénoncées par des personnes qui ne sont pas toujours liées directement avec celles-ci. J’étudie présentement en gestion des ressources humaines à temps partiel à HEC Montréal et, vous avez raison, il n’y a aucun cours qui montre à bien écrire dans cette discipline. C’est bien une des raisons pour lesquelles je doutais des fautes qui ont été relevées soi-disant par TOUS les membres du comité de sélection. Votre idée de consulter un avocat n’est pas mauvaise, mais dois-je oublier cette mauvaise expérience ou au contraire y concentrer mes énergies? C’est à voir. Si j’ai du nouveau, j’écrirai un autre billet sur le sujet. Merci encore!

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